Se menotter avec le calendrier
« David, on devrait sortir quelle date? »
Il ne se passe pas une semaine sans qu’on me pose cette question pour n’importe quelle offensive de communication. Quelle date choisir? Chaque année, je suis témoin dans mes mandats de situations avec un dénominateur commun : la contrainte du calendrier.
Si vous organisez une activité de presse ou si vous planifiez une sortie médiatique, l’une des premières questions à vous poser est la suivante : Quand? Quelle date doit-on choisir? Le timing est un ingrédient crucial de votre offensive de communication. La date peut contribuer au succès de votre opération ou, au contraire, en faire un échec.
Le calendrier et être boudé par les médias
Le 14 novembre 2024, je m’occupais des relations médias d’une organisation économique qui souhaitait médiatiser une journée thématique concernant les exportations des entreprises québécoises. Politiquement, le Québec vivait un entre-deux économique et retenait son souffle. Donald Trump venait de remporter la campagne présidentielle américaine et était en attente de son assermentation. À l’époque, le candidat Trump promettait en campagne d’imposer des tarifs douaniers au Canada de 10%… très loin de ses menaces mises à exécution à l’hiver 2025!
J’étais convaincu d’avoir l’accroche nécessaire pour intéresser les médias. Pourtant, même si le retour de Trump à Maison-Blanche générait de l’inquiétude et que le sujet était d’intérêt public (les exportations et donc des emplois manufacturiers), les médias ont boudés l’événement, à l’exception d’un hebdo local et du journal Le Soleil avec une parution en amont deux semaines plus tôt. Le problème, c’est que ma cliente était menottée avec une date, celle de sa journée thématique. « Trois semaines plus tôt dans les jours précédant le vote aux États-Unis, l’intérêt médiatique aurait assurément été différent. On aurait probablement eu plus de chances avec les médias », lui ai-je fait remarquer lors du post-mortem en équipe.
Le calendrier, souvent un boulet pour vos communications
Le calendrier peut devenir un véritable boulet pour vos communications. Parce que vous êtes menotté comme dirigeant avec une date pour communiquer. Par exemple, les journées et les semaines de sensibilisation représentent des exemples concrets d’événements avec des contraintes de calendrier.
Une organisation qui fait la promotion d’une semaine de sensibilisation sur les maladies du cœur ne peut pas décider le lundi matin de la reporter d’une semaine… Ses dirigeants sont menottés avec le calendrier, peu importe ce qui se passe dans l’actualité. Des semaines de préparation, de travail, de temps et d’argent peuvent être gaspillées en moins de 24 heures!
Avec les menottes du calendrier, votre entreprise ou votre organisation a une pression supplémentaire pour générer l’intérêt de vos publics cibles et une couverture médiatique. Le problème, c’est le suivant : vous ne contrôlez pas l’actualité. Vous n’êtes pas maître de votre timing. Si un événement majeur de l’actualité survient, vous êtes totalement éclipsé et vous n’existez pas…
Évidemment, si vous organisez une activité de presse et que des élus doivent y participer, des invitations devront leur être acheminées quelques semaines à l’avance. Vous devez alors « booker » un maire, un député et peut-être même un ministre. Leur présence compte autant que la couverture médiatique générée par votre activité. Parce que votre événement sert aussi à tisser des liens et à développer vos relations avec les élus. Que vous le vouliez ou non, l’agenda est un passage obligé pour la participation des élus.
Communiquer avec un calendrier : les leçons à retenir
Choisir, c’est renoncer. En choisissant d’encercler une date dans le calendrier pour une sortie publique, peu importe vos intentions, votre organisation devient vulnérable pour l’atteinte de résultats. Ne soyez pas obsédé avec une date de calendrier, à moins d’y être obligé. Vos menottes de calendrier doivent vous faire réfléchir sur ce que vous contrôlez et sur ce que vous ne contrôlez pas. Posez-vous les questions suivantes :
- Êtes-vous en mesure de faire parler de votre événement avant la journée officielle avec la stratégie de l’avant?
- Pouvez-vous faire les choses autrement et cesser de mettre tous vos œufs dans le même panier avec les mêmes initiatives?
- Quels sont vos gestes de communication pour le reste de l’année?
- Existe-t-il d’autres événements récurrents dans l’année durant lesquels votre organisation pourrait intervenir publiquement?
- Pouvez-vous cibler d’autres opportunités médiatiques pour vous faire connaître ou pour positionner vos enjeux?
- Comme dirigeant, êtes-vous en mesure avec votre équipe de communication de rebondir sur un événement de l’actualité en temps réel?
Saisir les opportunités médiatiques est un art qui nécessite du doigté et de la rapidité. Et vous n’êtes pas menotté avec une date de calendrier. Vous foncez ou vous laissez passer l’opportunité, c’est votre choix. Dans le contexte où les médias cherchent des réactions sur le moindre sujet et/ou votre secteur d’activité, qu’attendez-vous pour réagir et faire parler de vous? Êtes-vous suffisamment alerte?
Nous ne sommes plus en 2015. Développez de nouveaux réflexes et de nouvelles habitudes avec vos communications. Et surtout, évitez autant que possible d’être menotté avec le calendrier.
David Couturier