Pourquoi vous retournerez l’appel d’un journaliste avant qu’il ne soit trop tard
« On fait quoi, David? Je ne retourne pas l’appel ou je le rappelle? »
Mon client était hésitant et j’ai eu moi-même une brève hésitation. C’était inattendu. Un journaliste du Journal de Montréal venait de laisser un message à sa secrétaire. Sa requête était vague, mais on se doutait bien que c’était en lien avec un enjeu dont on était informé depuis un certain temps déjà. Il fallait prendre une décision et rapidement. Rappeler le journaliste ou ignorer son appel?
Ma réponse : « Je te recommande de le rappeler. Nous saurons à quoi nous en tenir et tu auras toujours le loisir de refuser de commenter. Il faut prendre une chance et découvrir l’angle de son article ».
Ça fait 12 ans que j’accompagne des entreprises et des organisations de toutes sortes avec les médias. Très souvent, au-delà des stratégies médiatiques à déployer et des plans de relations publiques d’envergure, on en revient à la base. C’est-à-dire retourner l’appel d’un journaliste et surtout quoi répondre.
Pourquoi retourner l’appel du journaliste? Voici 4 raisons pour vous convaincre de le faire dans les plus brefs délais :
1) Vous aurez l’heure juste rapidement
Lorsqu’un journaliste vous contacte, il a tout intérêt à rester évasif et à maintenir un certain suspense. S’il déballait un message de deux minutes sur votre boîte vocale pour vous expliquer en détail l’objet de son appel, il est probable que vous soyez tentés de ne pas retourner son appel. Le journaliste veut piquer votre curiosité, comme un pêcheur avec son hameçon à la pêche.
En rappelant rapidement le journaliste, vous saurez à quoi vous en tenir. Vous aurez l’heure juste. Vous saurez sur quoi le journaliste travaille : l’angle de son reportage. Vous pourrez ajuster le tir si vous êtes la cible de ses démarches et sur la défensive. Il est aussi possible qu’il vous contacte afin que vous le guidiez dans ses recherches. Les journalistes partent toujours à la pêche, à la recherche d’une exclusivité, une histoire ou un angle original.
2) Limiter les dommages
Mettons les choses au clair. Vous n’avez aucun contrôle sur le traitement de la nouvelle. AUCUN! Vous n’avez aucun contrôle sur l’angle de l’article du journaliste. Vous n’avez aucun contrôle sur le journaliste tout court!
Cependant, vous avez un contrôle sur un élément fondamental : votre message. Votre réponse. La réaction que vous donnerez au journaliste. En sachant sur quoi le journaliste travaille, vous serez mieux positionné pour offrir une réaction réfléchie, adéquate, stratégique et surtout efficace. Et qui sait, influencer le cadre du reportage si le journaliste à qui vous parlez fait fausse route.
Et n’oubliez pas, vous n’êtes pas obligé de commenter. Vous avez toujours le droit de refuser de commenter et de répondre « pas de commentaires ». C’est votre droit et pour les raisons qui vous appartiennent. Sauf lors d’une gestion de crise!
3) Vous gagnerez du temps pour mieux gérer la crise
Lors d’une gestion de crise, chaque minute compte. Et c’est encore plus vrai avec l’instantanéité des réseaux sociaux. Tout va très vite. Si vous attendez 24 heures pour répondre à un commentaire incendiaire sur la page Facebook de votre entreprise, il sera difficile pour vous de renverser la vapeur. Avec les journalistes, vous avez une certaine marge de manœuvre, à condition de connaître leurs délais!
Plus vous mettez du temps à réagir, plus les dommages seront grands. Si un article vous explose en plein visage un matin et que votre organisation est plongée en pleine crise, vous aurez l’impression que la machine est plus difficile à mettre en marche. Et que votre capacité de réaction sera inefficace.
En retournant un appel d’un journaliste, ce dernier vous prévient directement ou indirectement de la crise qui vous pend au bout du nez. Vous aurez quelques heures supplémentaires pour préparer un plan de gestion de crise, poser les bons gestes autant à l’interne qu’à l’externe et réagir adéquatement. Si vous ignorez l’appel, vous ne saurez pas la crise que vous aurez à gérer demain…
4) Devenir une référence avec les médias
Si vous collaborez avec les médias et si vous développez des relations cordiales avec les journalistes, il y a de fortes chances qu’ils fassent à nouveau appel à vous pour commenter un sujet qui touche de près ou de loin le créneau de votre organisation. Pratico-pratique, c’est de cette façon qu’on devient une référence dans les médias. Si vous êtes rapide à retourner leurs appels et surtout pertinent, ils vous rappelleront. Si un journaliste vous connaît et que vous traversez une crise, il y a de fortes chances qu’il soit plus indulgent avec vous.
Pour revenir à l’appel du journaliste du Journal de Montréal… Mon client l’a rappelé et le journaliste l’a questionné sur l’enjeu qu’on soupçonnait. Le client a collaboré et répondu à ses questions en toute transparence. Sans se défiler. Avec les messages que nous avions convenus ensemble.
Le lendemain matin, l’article du Journal de Montréal était loin d’être dévastateur. On s’attendait à pire. L’accent n’était pas sur l’entreprise de mon client, mais plutôt sur la problématique générale du dossier dont il était question. La perception qui se dégageait : mon client faisait preuve d’ouverture et de leadership. Ses réponses claires avaient contribué à bien le positionner dans l’article.
« Je me plais à penser que mon appel rapide hier au journaliste a grandement aidé », m’a écrit mon client après la diffusion de l’article.
Il avait raison. Rappelez le journaliste avant qu’il ne soit trop tard.
David Couturier